Comment des millions de personnes peuvent-elles produire un texte unique faisant consensus ?

De Willforge
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Il s'agit de permettre à une communauté de millions de membres disposant d'ordinateurs ou de téléphone portables de produire un texte qui fasse consensus (sa charte, par exemple). Chaque membre de la communauté a la même possibilité de produire sa version du texte qui sera stockée dans une base de données. Au bout de quelques jours la base de données contiendra donc des milliers ou même des millions de versions concurrentes.

Comme il est évidemment impossible que chaque membre de la communauté prenne connaissance de toutes les versions, il faut construire un protocole garantissant que chaque version soit examinée par un nombre identique de membres de la communauté pris au hasard et qu'une seule version faisant consensus émerge d'un processus de choix entre les versions concurrentes.

Le protocole décrit ci-dessous devrait permettre d'atteindre ce but en quelques jours.

La communauté est organisée en réseau auquel chaque membre peut se connecter au moment qu'il le désire. A chaque instant il y a donc seulement une fraction des membres qui sont connectés.

Lorsqu'un membre se connecte pour la première fois il reçoit un identifiant et est enregistré dans la base de données des participants.

A chaque nouvelle connexion il reçoit une dizaine de versions du texte prises au hasard dans la base de données. Ce nombre est suffisamment faible pour que l'on ait le temps de bien examiner chaque version et de lui attribuer une note entre 0 à 10. Cette note, associée à l'identifiant du membre, est enregistrée dans la base de données des notations. Au cours de sa connexion un membre peut émettre sa propre version du texte soit en modifiant l'une des dix versions qu'il a reçues soit en en créant une originale. Cette nouvelle version est ajoutée à la base de données des textes,

Pour extraire de ce flux continu de versions du texte une version faisant consensus nous allons procéder par étapes.

A la première étape, on va effectuer autant de tirage au hasard de paquets de dix versions parmi les membres de la communauté que nécessaires pour que chaque version ait été examinée par cent membres différents pris au hasard et que chaque membre ait eu à noter le même nombre de versions différentes. En fin d'étape nous calculons la moyenne et l'écart type des cent notes de chaque version.

On fixe un seuil sur la moyenne et l'écart type des notes et l'on extrait les versions dont les notes satisfont à ce seuil. En jouant sur les seuils on s'arrange pour extraire un dixième des versions. Ces versions seront alors candidates pour l'étape deux.

A la deuxième étape on re-distribue les versions parmi les membres afin qu'elles soit de nouveau notées. Ces nouvelles notes sont enregistrées dans la base de données des notations comme à l'étape un et un dixième des versions sont extraites


On va donc procéder de la façon suivante : on tire au hasard un paquet d'une dizaine (par exemple) de versions à partir de la base de données et on l'attribue à un membre pris lui aussi au hasard. On répète cette opération jusqu'à avoir distribué des paquets de dix versions prises au hasard à tous les membres de la communauté l'un après l'autre.

Ceci fait, on demande à chaque membre de noter de 0 à 10 (par exemple) chacune des 10 versions qu'il a reçues ( afin de rendre les notes plus discriminantes on va exiger que la même note ne soit pas donnée plus de deux fois à deux versions différentes). Pour chaque version les notes provenant des divers participants sont recueillies et accumulées dans la base de données.

La procédure de distribution des versions parmi les membres doit garantir que chaque membre de la communauté reçoive au plus une dizaine de versions. Elle doit aussi garantir que chaque version ait été examinée et notée par un nombre approximativement identique de membres. Ce nombre doit être suffisant pour que la note moyenne obtenue pour chaque version ait un sens (un faible écart-type).

A la fin de cette première étape on disposera donc d'une note moyenne pour chaque version. Vu le nombre important de versions, il va exister de nombreuses versions ayant reçu la note moyenne maximale. Ces versions seront mises à part et feront l'objet de la deuxième étape.

Au cours de la deuxième étape, une procédure semblable à celle de la première étape va permettre de redistribuer au hasard parmi tous les membres les versions extraites de la première étape. On les distribuera par paquets de 10 (ou moins selon leur nombre). On procède alors à une nouvelle attribution de notes. L'obligation de ne pas donner plus de deux notes identiques va permettre d'extraire un nouvel ensemble de versions ayant une nouvelle note moyenne maximale, mais beaucoup plus réduit que le précédent.

D'étapes en étapes, le nombre de versions retenues chaque fois va diminuer et au bout de 4 à 5 étapes il ne restera plus qu'une version parmi les millions de départ.

On pourra jouer sur la méthode de notation afin d'éviter les ex-æquo et d'accélérer la convergence du processus. A la limite, chaque membre pourrait simplement choisir une version parmi celles qui lui sont proposées au lieu de leur donner une note, mais il y a un risque de nombreux ex-æquo.

En fin de processus on aura permis à chaque membre de participer sur un pied d'égalité à la production du texte commun.

On remarquera que la procédure utilisée pour l'adoption du préambule de la Charte commune des Gilets Jaunes revient à attribuer la note zéro ou un et à ne distribuer qu'une seule version du texte.

On peut imaginer des améliorations de ce schéma. Au lieu de noter de 0 à 10 les versions, on peut utiliser la méthode du Jugement majoritaire. La même démarche peut être utilisée pour valider des amendements à un texte. Il suffit de considérer chaque version amendée comme une nouvelle version.


écrire à Emile Achadde